16 mars 2009
Séminaire d’EZA ‘Stratégies pour faire face à la crise économique et financière – Quel est le champ d’action des partenaires sociaux?’

La crise économique frappe de plein fouet le monde. La crise, qui a commencé par être financière, touche à présent la vie quotidienne de nombreuses personnes. En raison de la diminution des investissements, les entreprises à tous les niveaux doivent procéder à des restructurations qui débouchent notamment sur le licenciement de leurs employés. La réunion a mis l’accent sur l’échange d’informations sur les éventuelles manières de faire face à la crise financière actuelle.
Quelques questions importantes ont été posées par M. Raf Chanterie, président d’EZA, au début du séminaire, à savoir:
- Quelle solidarité lie les Etats forts aux Etats faibles?;
- Comment pouvons-nous empêcher ou freiner la tendance croissante afin de protéger notre marché national?;
- Comment pouvons-nous enrayer la croissance du chômage?;
- Quel futur sera réservé aux jeunes sur le marché de l’emploi?;
- Quel sera à l’avenir le rôle des partenaires sociaux?;
- Comment ferons-nous face conjointement à la pauvreté croissante?
A l’ouverture du séminaire, Mme Gabriele Stauner, eurodéputée allemande, a présenté clairement son approche. Les pays européens doivent faire face ensemble à la crise financière. Dans le cas contraire, certains pays seront confrontés à des situations problématiques. Dans la situation actuelle, les pays ne peuvent agir seuls. L’interdépendance est trop importante. La responsabilité des directeurs est le deuxième thème qu’elle a abordé. Les directeurs doivent assumer leurs responsabilités et penser plus à long terme qu’à court terme.
M. Ivan van der Cloot de l’institut belge Itinera, un groupe de réflexion indépendant, a signalé que les mesures telles que la taxation progressive et la négociation collective sont très importantes durant une crise. Ces éléments structurels sont essentiels dans la mesure où ils constituent des stabilisateurs automatiques et empêchent la situation de s’aggraver.
Une raison importante de la crise actuelle est la taille des institutions financières et de leurs transactions globales. De nombreuses personnes influentes ont mis en garde contre les fusions entre les banques commerciales/de dépôts et les banques d’investissement. Ces mises en garde n’ont pas été prises en compte. Alors qu’elles étaient interdites dans les années 1930, elles ont à nouveau été permises.
Adam Smith a déjà affirmé que le système financier devrait être divisé en différentes parties car autrement nous serions confrontés à de possibles situations risquées. Le marché des capitaux est de moins en moins transparent. A titre d’exemple, le risque des hypothèques n’est plus pris en compte dans le bilan des banques. Ces hypothèques sont dès lors vendues. Tel était le cas des risques pris dans les dénommés paradis fiscaux. Bien que les gestionnaires de risques soient conscients de l’impact négatif de ces risques, ils n’ont rien fait pour les gérer de manière appropriée.
Les banques ont acheté des produits qu’elles ne comprenaient pas entièrement. En outre, les chiffres étaient basés sur une croissance continue et une hausse du marché et des prix immobiliers. En raison de la taille de plus en plus grande des banques, les gouvernements ont de plus en plus de difficultés à les sauver. Il conviendrait d’opérer un choix: soit les banques ne deviennent pas trop grandes, soit l’UE crée une institution européenne qui contrôle les banques et est en mesure de les sauver en période de crise.
M. Fritz Schösser, président du DGB de Bavière (TUC allemand), a signalé que la crise à laquelle nous sommes confrontés est unique dans la mesure où nous faisons face à trois crises en même temps. Nous devrions rester modestes et prudents sur le plan politique par rapport aux solutions possibles. Toutefois, nous ne devrions pas oublier que la crise est le résultat des décisions prises par tout le monde, et pas seulement des institutions financières et de leurs directeurs. Nous en sommes tous responsables. Tout le monde voulait des taux d’intérêt élevés et de plus gros gains. Nous devons dès lors nous orienter à nouveau vers l’éthique et la moralité. Tout ne doit pas s’axer sur le profit.
Le Maltais Jean Paul Fabri du bureau du Premier ministre de Malte a mis en garde contre les voix réclamant de plus en plus des mesures protectionnistes. « La résilience n’implique pas le protectionnisme ». Nous devons rester ouverts à l’économie mondiale, malgré les appels à une antimondialisation.
Mme Gabriele Stauner a débattu, le 14 mars, de la Stratégie de Lisbonne et de son volet axé sur l’économie. Trois points revêtent une importance toute particulière pour améliorer la position de l’UE par rapport à la compétitivité, à savoir l’économie, l’enseignement et les connaissances basées sur le travail. L’UE est trop dépendante actuellement du pétrole de la Russie (40%). Cette situation devrait dans l’ensemble changer, ainsi que par rapport aux changements climatiques.
En outre, l’UE doit essayer d’alléger sa bureaucratie et la quantité de documents en ce qui concerne plusieurs questions. Les pays membres de l’UE ont l’obligation de faire rapport aux institutions de l’UE, donnant lieu à une quantité importante d’informations.
Les pays qui s’adaptent eux-mêmes aux changements et ne suivent pas rigoureusement les politiques sont mieux préparés à faire face à la situation actuelle. A cette fin, la flexibilité s’avère très importante.
Selon Mme Stauner: « La flexisécurité n’est pas la réponse aux problèmes liés à l’emploi et je n’y adhère donc pas. Le marché du travail est solide ou flexible. Il ne peut être les deux en même temps, selon moi ». Par ailleurs, il existe encore un écart salarial énorme entre les hommes et les femmes. En Allemagne, les femmes gagnent de 17 à 20% de moins que les hommes pour un même emploi. La situation est quelque peu plus positive en Europe puisqu’on y enregistre les chiffres de 15 à 17%.
Je propose que les pays de l’UE s’axent sur les questions suivantes au cours des années à venir:
- Elaborer de nouveaux objectifs et stratégies dans le cadre du suivi du Traité de Lisbonne;
- Maintenir une solidarité avec les nouveaux Etats membres de l’UE;
- Considérer les lignes directrices européennes en tant que telles. Les changements nationaux doivent être abordés par les partenaires sociaux à l’échelle nationale et non à travers une instance juridictionnelle;
- Lutter contre l’euroscepticisme croissant par rapport à l’influence et à l’impact de l’Europe.
M. Rudolf Strohmeier, chef de cabinet de la commissaire européenne Viviane Reding, a critiqué le modèle financier anglo-saxon. Ce modèle n’a pas fonctionné adéquatement et les pays de l’UE n’ont pas bien réagi en raison de l’absence de leur propre vue d’ensemble. L’Europe doit dès lors apporter une réponse en proposant des directives et des réglementations européennes visant à empêcher une telle crise dans le futur ou au moins à minimiser le risque. La transparence en la matière s’avère fondamentale. La crise ne doit pas détruire le marché européen interne au travers de mesures protectionnistes.
La présentation de M. Rudolf Strohmeier a été suivie de rapports de pays, notamment la République tchèque, l’Espagne, la Lituanie et la France. La situation économique actuelle en Espagne est très mauvaise. De nombreux travailleurs ont perdu leur emploi, et la situation s’aggrave en particulier en ce qui concerne les immigrants illégaux. Aux Etats-Unis, 4 millions de travailleurs ont perdu leur emploi en un an et l’Espagne craint que les effets de la crise ne la frappent de plein fouet. Une industrie qui a déjà été touchée durement est le secteur immobilier. De nombreuses maisons sont vides et les projets de construction n’ont pas été amorcés ou ne sont pas terminés.
En Lituanie, trois secteurs prédominants sont touchés par la crise: le secteur immobilier, l’industrie manufacturière et le marché d’exportations, et l’industrie consommatrice qui a subi une baisse générale.
Selon l’opinion générale, l’on doit devenir plus responsable et renouveler le sens de l’éthique et de la moralité. Les populations veulent toujours plus et paient à présent le prix. Affirmer que les banques sont les seules responsables de la crise est trop facile, bien que leur rôle soit conséquent. Les principales institutions doivent devenir plus transparentes et assez grandes à nouveau, et traiter les produits effectifs. L’économie virtuelle doit être conforme à la réelle économie afin d’éviter qu’une crise de cette ampleur ne se reproduise.





