06 juin 2009
Franc-parler postélectoral

Je ne suis pas un voyant ni un militant loyal d’un parti. Je n’ai pas l’habitude de parier mais j’aurais gagné quelques euros si j’avais tenté ma chance. On en parlait sur tous les lieux de travail, dans les rues, les clubs, lors de réunions et d’événements sociaux.
Il devenait évident que la population souhaitait décharger sa frustration et devait se rendre à l’évidence afin d’adopter des mesures correctives.
La population ne parlait pas de l’impact de la récession, du taux élevé de l’inflation, des prix de l’eau et de l’électricité, de la réforme des transports publics, de la situation des soins de santé publics, de la crise économique mondiale et de nombreuses autres réformes prévues.
Elle parlait de la manière dont le gouvernement gérait ces questions. Le gouvernement est devenu insensible aux besoins de la population.
J’essaierai aujourd’hui d’analyser les résultats des élections du Parlement européen du 6 juin. À ce stade, montrer du doigt le Parti nationaliste (PN) ou tout autre parti ayant perdu les élections est d’ailleurs compréhensible.
Toutefois, une analyse objective s’impose et s’avère nécessaire. Nous disposons à présent des chiffres que nous pouvons examiner afin de faire des suppositions. Nous savons à présent qui sont les six membres du Parlement européen élus démocratiquement pour représenter Malte au cours des cinq prochaines années. Je souhaite beaucoup de succès aux six membres élus et les encourage à œuvrer en collaboration pour Malte. Les partis politiques devraient rester un instrument important entre les mains de l’électorat bien que l’intérêt national doive continuer de prévaloir. L’intérêt national n’est pas le monopole d’un parti politique. L’intérêt national est de loin bien plus important que les aspirations de tout parti politique.
Premier point: Simon Busuttil a recueilli, à son honneur, le nombre le plus élevé de votes alors que son parti a essuyé une grande défaite. Ceci démontre clairement que les électeurs font une différence entre le parti politique et les candidats. Au fil des années, M. Busuttil a gagné de la force, en maintenant la communication avec les gens, ce qui explique son envergure.
Je suis certain que M. Busuttil a aidé bon nombre de citoyens, à leur grande satisfaction, en abordant leurs préoccupations quotidiennes, mais a également dû écarter un nombre considérable de demandes d’aide et d’orientation durant son premier mandat au Parlement européen. Ce monsieur a la capacité en quelque sorte de donner un « non » édulcoré comme réponse.
Cela fonctionne. La population comprend, dans certains cas, qu’elle doit obtenir un « non » comme réponse mais, pour ce faire, elle doit d’abord croire et comprendre qu’il n’y a réellement pas d’autre voie à suivre lorsqu’elle demande réparation en la matière.
Deuxième point: les membres du gouvernement devraient arrêter de se prendre pour Dieu et de faire peu de cas de tout un chacun. Les citoyens considèrent qu’ils sont traités injustement lorsque leurs sujets de plainte ne sont pas pris en compte avec respect et attention.
Les réformes à Malte devraient se poursuivre selon les besoins mais la population doit adopter ces changements. La population est sensible à ses moyens de subsistance et en est préoccupée. Les réformes ne peuvent être imposées. Les réformes doivent être reconnues. Les processus de dialogue social orchestrés et factices sont pires que ne pas les avoir du tout. Nous avons assisté une nouvelle fois à l’échec de ce processus. La situation doit changer.
Certains politiciens bien expérimentés n’ont pas le temps d’être à l’écoute des griefs et ne se réjouissent que lorsqu’ils donnent des directives et interviennent lors de conférences de presse. Ceci est tout à fait irrégulier. Les citoyens ont besoin d’être écoutés attentivement.
Troisième point: bien qu’ils puissent émettre une opinion sur une série de politiques, les « blogueurs » ne représentent pas la société. De nombreuses personnes sont trop occupées pour mettre leurs opinions par écrit mais aimeraient avoir l’occasion de faire connaître leurs points de vue et préoccupations. Elles souhaiteraient également que des réactions leur soient communiquées quelques jours plus tard, qu’elles soient positives ou négatives.
Quatrième point: alors que la plupart des ministres sont en mesure de maîtriser ces situations, d’autres sont devenus des « tyrans » par rapport à leurs subalternes directs qui se plient à eux. Cette situation a pris des proportions inacceptables au cours des années et devrait être traitée dans les plus brefs délais.
Le Parti travailliste a assuré une grande victoire sur une question qui, il y a deux ou trois ans, l’a empêché de prendre le pouvoir. Le temps file, les gens changent et les occasions doivent être saisies. Que cette victoire du Parti travailliste aide tous les politiciens et partis politiques à comprendre une fois pour toutes que leur travail est auprès de la population et en faveur de la population.
Je conclurais en affirmant que les politiciens ne devraient pas tenter de faire cavaliers seuls.
Gejtu Vella est secrétaire général de l’Union Ħaddiema Magħqudin. Cet article a été publié le lundi 15 juin 2009 dans le journal The Times of Malta. gvella@uhm.org.mt





